Récifs artificiels versus coral propagation

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Les images révélatrices sur les récifs artificiels.

Depuis de nombreuses années, des scientifiques, des associations et des volontaires font leur possible pour réhabiliter les récifs coralliens tropicaux.

Les recherches et les résultats différent considérablement d’une méthode à l’autre et bien que ce soient toutes le travail des meilleures volontés, il est important aujourd’hui d’en faire le bilan.

Il existe 2 types bien distincts d’approches à la réhabilitation : le récif artificiel et la restauration organique.

Le récif artificiel consiste à créer de toute pièce un nouveau récif, sur un support dont l’origine n’est pas naturelle. Des bétons spéciaux, des supports métalliques (épaves, grillages etc…) ou à base de dérivés plastiques (tubes PVC entre autres) sont les matériaux les plus utilisés. Certains de ces protocoles n’hésitent pas à se servir sur des récifs vivants et non abîmés, en y prélevant de larges morceaux, pour les accrocher à leurs structures. Il ne s’agit plus de restauration, mais de modification d’une zone sous-marine.

La restauration organique ou coral propagation est la deuxième option. C’est une approche très récente de réhabilitation. Il s’agit de restaurer un récif abimé avec les éléments sous-marins disponibles sur le lieu de la propagation. On ne peut refaire à l’identique un récif abimé, mais on maximise la probabilité d’une reprise de l’écosystème au lieu de sa replantation. Aucune structure n’est ajoutée, permettant aux jeunes plans de s’intégrer à leur place dans leur zone naturelle, sans maintenance. Le protocole n’altère pas le récif déjà existant, car aucun prélèvement direct n’y est fait. Les coraux ne proviennent que de fragments cassés ou de coraux malades.

Epaves et supports métalliques (récifs artificiels)

Il y a dans les mers et océans de grandes quantités d’épaves, et parmi elles, certaines sont accessibles aux plongeurs et se trouvent dans des zones ou les coraux prolifèrent rapidement. Depuis quelques années, de nombreuses organisations on réussit à en faire couler à des endroits stratégiques, joignant le bien environnemental et le développement touristique. Pratiquement toutes sont de beaux succès et tiennent leurs promesses.

Certaines expérimentations de nurseries sur des treilles métalliques sont déployées par des organisations pour faire pousser des coraux. Parfois, il y est ajouté des impulsions électriques, forçant l’osmose support-corail, dangereux pour les autres formes de vie indispensables à la santé du corail.

  • Qualités : Accommode pratiquement toutes les espèces de corail, excellents abris pour de nombreuses espèces de poissons. Succès avéré : 90%. Nul besoin de planter de coraux, ils se fixeront rapidement sur la coque. Les épaves sont très appréciées des plongeurs et sont une manne pour l’industrie du tourisme.

Certains essais sont pratiqués sur les treilles métalliques. Les morceaux de corail (seulement quelques espèces de coraux durs), fixés par des straps en nylon sur une sorte de grillage, sont placés à mi-profondeur. Le corail s’agrippe vite sur le métal et semble promis à un développement rapide.

  • Défauts : Immerger une épave demande une bonne préparation de dépollution et peut s’avérer très onéreuse. Les belles épaves disponibles sont rares. Malheureusement, le métal ne vit pas éternellement dans l’océan, et très vite, l’oxydation fait son œuvre. En quelques décennies le support disparait, même les plus solides comme les navires de la 2ème guerre mondiale. De nombreux métaux sont toxiques, affectant la qualité des poissons locaux.

Pour les structures des nurseries à corail en métal (treilles métalliques), le problème est simple et sans solution : comment réimplanter dans le milieu sauvage le corail, une fois celui-ci assez grand et le coller à un support nouveau ? Si l’on pose simplement la grille sur le fond, le corail s’effondrera au fur et à mesure de la dégradation par la rouille du métal. Et en mer, ça va vite !

Les supports en béton (récifs artificiels)

Le béton a semblé pendant très longtemps une excellente solution pour fabriquer des récifs artificiels. Mais très vite, un problème est apparu : le Ph du béton ne correspond en rien à celui exigé par les coraux. Après de longues recherches, des progrès ont été faits. Ces sociétés et organisations spécialisés vendent des structures de béton dont le Ph est quasiment parfait.

  • Qualité : possibilité de créer de grosses structures. Il y a eu de très nombreuses recherches sur les supports en béton, et de très nombreuses tentatives sont effectuées partout dans le monde. Avec plus ou moins de succès.
  • Défauts : faible nombre d’espèces accommodantes. Prix d’achat exorbitant, jusqu’à 25000 dollars la pièce chez les fournisseurs les plus prolifiques. Ensuite, il faut les mettre à l’eau, ce qui demande des équipements spéciaux. Certains font des efforts considérables pour ressembler à une base naturelle et s’intègre relativement bien, mais la plupart ne font pas naturelles et n’attirent pas le plongeur. Succès avérés : 30%.

Les nurseries sur PVC et autres supports plastiques (récifs artificiels)

Les projets les plus courants de réhabilitation du corail sont aussi les plus dramatiques. L’une d’elle particulièrement consistant à faire pousser des boutures sur ces supports en tube PVC. Le cout de mise en place semble minime, mais demande un entretien quasi quotidien et intenable sur le long terme pour supprimer les parasites. Il pose encore le problème évident de la réintroduction du corail développé en nurserie vers le milieu naturel : comment l’y coller ?

  • Qualité : on a eu beau chercher, nous ne voyons aucun point positif à cette technique.
  • Défauts : faible nombre d’espèces accommodantes (coraux durs à branches principalement). Le PVC est un produit dérivé de pétrole qui se dissout en nanoparticules dans le milieu marin et pollue de façon considérable les eaux (8 ans pour désintégrer un tube de PVC 30mm). Le cout de maintenance de ces nurseries est très élevé, puisqu’il faut fréquemment plonger dessus pour enlever les algues indésirables. A cause de ces couts, la plupart des projets finissent abandonnés, laissant des quantités non négligeables de PVC au milieu de récifs sains. Les coraux ne s’accrochent pas longtemps à ces structures puisqu’ils sont agressés par la composition du support. Jusqu’alors, aucun de ces projets n’a abouti. Succès avérés : 0%

Autres systèmes hybrides (récifs artificiels)

Certaines associations s’essaient à des méthodes dont les résultats sont plus ou moins mitigés. Notamment des bouteilles scellées dans des petits blocs de béton. Le corail (quelques espèces seulement, principalement des Acraporas) est attaché avec des strippes plastiques à la bouteille. Succès inférieur à 20%. Il y a également les projets avec des nurseries, essayant de nombreux protocoles, dans des bacs dédiés, dont l’intérêt et l’impact environnementale posent de nombreuses questions. Trop peu de rapports sont publiés pour crédibiliser ces options. Un problème revient toujours : comment réimplanter convenablement la bouture dans la nature, une fois que celle-ci a grandi.

Il y a aussi le bambou, et comme pour toutes les autres nurseries, le problème est celui du replantage après maturation du corail.

Certains ont osé les pneus. Les conséquences écologiques sont dramatiques, puisque les eaux sont polluées pendant des années par la désintégration lente du pneu. Une très mauvaise idée.

                Propagation et restauration organique

Dans les années 2000, un scientifique malaisien, Anuar Abdullah, a développé un protocole unique, organique et d’une efficacité extraordinaire. Après avoir essayé dès les années 1980 toutes les méthodes décrites plus haut, échec après échec, il a découvert que les coraux ne poussaient que sur de l’aragonite (squelette de corail inhabité) et le calcite (coquillages). Il a donc cherché, jour et nuit, plusieurs années, pour trouver la solution. Il en est ressorti un protocole innovant et simple dont le succès avéré est de 80%. Coller des fragments de coraux cassés sur ces fameuses roches vivantes que sont les blocs d’aragonite. Il a fallu trouver la bonne colle, créer le catalyseur, permettant à la colle d’adhérer instantanément et maximiser les chances de survies des quelques polypes. En réhabilitant des coraux dans le milieu sauvage sur des centaines de mètres carrés dans le Nord Est de la péninsule malaise, Anuar a prouvé que son protocole fonctionnait parfaitement. Depuis, de nombreuses choses se sont passées, avec la création de l’association OCEAN QUEST®, d’une méthode de formation et de certification des volontaires, de projets de grande ampleur dans d’autres pays, et surtout la reconnaissance et le soutien de Sea Shepherd Dive.

  • Qualités : Plus de 66 espèces peuvent être propagées. N’utilise aucun support fabriqué par l’homme. N’utilise aucun produit toxique pour l’environnement. Facilement assimilable par les volontaires, les populations locales et tout plongeur certifié. Faible coût. Efficacité à 80%.
  • Défauts : Ne s’applique qu’aux coraux tropicaux, à une profondeur maximum de 24 mètres. Ne peut se faire que s’il y a encore une activité corallienne suffisante et du support aragonite / calcite à disposition (sans avoir à prélever sur ce qui est en bonne santé).

SAS TIOMAN LOVERS est convaincue que le protocole d’OCEAN QUEST® est le meilleur que l’on puisse utiliser pour un projet de restauration de récifs coralliens sérieux, doté d’une vision à long terme, sans conséquence nuisible pour l’environnement. Ce protocole est plébiscité en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines, en Indonésie, au Mexique, en France, en Egypte, en Chine, aux Maldives, à Myanmar pour ceux qui hébergent actuellement des projets. Il nous permet de créer et réaliser des réhabilitations viables. Nous formons des populations locales et des volontaires, et grâce au sponsoring, restaurons cette ressource indispensable qu’est le corail.

Tioman Lovers invite ses plongeurs à respecter les règles suivantes : Sous l’eau, je ne laisse que des bulles, je ne prends que des photos, je ne touche que mon équipement. Je ne fume pas en mer et n’y jette rien. Je récolte les déchets trouvés.

TIOMAN LOVERS SAS – 13, rue Marcel Miquel – 92130 ISSY LES MOULINEAUX – FRANCE